La découverte du haut potentiel

– Merci à tous est parmi nous. On recommence du coup une petite rencontre avec quelqu’un. Et aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Sabine. Sabine je vous laisse vous présenter.

– Bonjour ! Alors voilà je suis Sabine, j’ai 57 ans et trois enfants. J’ai eu un métier par le passé qui est un métier d’ingénieur. Aujourd’hui je suis psychothérapeute (qui n’est pas sans avoir un lien avec le HPI justement). C’est pour ça que je parle de mon métier. Comment j’ai découvert ma douance ? En fait c’était à travers un test qui a été fait sur mon troisième garçon. Il faisait pas mal de bêtises à l’école. Il semblaient s’ennuyer, ce qui était un peu étonnant parce qu’en même temps ça lui plaisait. Mais il s’ennuyait à l’école. Et en fait une institutrice nous a conseillé de lui faire passer un test de QI… qui a explosé les compteurs ! Il en a passé plusieurs. Il y en a eu 1 qui avait explosé les compteurs, un autre moins bien, donc on était un peu perplexe. Et puis on s’est dit bien tant pis. Le test ça nous met sur une voie et on va tâcher de l’accompagner. L’institutrice a été géniale parce que plutôt qu’il s’ennuie quand il avait fini en premier les exercices de maths (où il était très bon : en fait ce n’est pas qui calculait, c’est qu’il avait le résultat donc il donnait le résultat). À cet âge-là il était en CE1. Il n’y avait pas besoin d’expliquer son raisonnement donc il allait super vite. Du coup une fois qu’il avait fini il s’ennuyait. Il allait casser les pieds à ses petits camarades, balancer sa trousse à travers la classe, etc. Ce n’était juste plus possible. Donc elle l’a mis avec un petit enfant qui était lui en difficultés scolaires (en réelles difficultés scolaires) avec qui il s’entendait  super bien. Et ils ont fait un duo.  Lui, quand il avait fini, il aidait le petit copain est ça l’obligeait a essayer d’expliquer son raisonnement (ce qui n’était pas simple) et au petit copain à avoir un petit soutien. Ça faisait un duo absolument génial pendant un an. Au bout de cette année, on lui a proposé de sauter une classe. Il n’a jamais voulu parce qu’il ne voulait pas perdre ses copains. Et on a estimé avec son papa que le plus important c’était qu’ils se sente bien,  mais à condition qu’il ne fasse pas n’importe quoi en classe. Après, les instituteurs(trices) ont été moins à l’ecoute. Ils(elles) ont moins compris ça, ce qui fait qu’il y a eu des moments un petit peu compliqués pour lui. C’était en 2005-2006 (par là) et puis voilà, c’était Vincent, c’était celui, c’était son parcours.  Puis il y a eu plein de petits indices où je le voyais fonctionner, où il avait un suivi avec une psychologue qui l’aidait beaucoup, une une ergothérapeute (parce qu’au niveau physique il était complètement à côté de la plaque : il avait du mal à écrire, il n’était pas latéralisé… C’était assez incroyable quoi parce qu’il était super en avance dans sa tête mais pas très en avance dans son corps). Donc on lui a fait faire du foot aussi, parce que gardien de foot dans les cages il fallait se repérer. Et puis  en le voyant fonctionner je me disais « c’est marrant, je me reconnais un peu ». Donc je me suis un petit peu documentée, et je suis tombée complètement par hasard sur un bouquin qui s’appelait « Je pense trop » de Christelle Petitcollin. Quand j’ai lu le bouquin je l’ai dévoré. Je me suis dit « mais en fait ils parlent de moi ». Et là il parlait d’adultes. Ça a commencé à mettre en sens beaucoup de choses que je vivais. Notamment ce que j’ai vraiment retrouver c’était au niveau professionnel. Très souvent, pour moi, il y avait des problèmes, des trucs un réseau professionnellement. Et je disais « il faut faire ça, c’est évident ! ». Ça ne me paraissait pas sorcier quoi, évident ! Il fallait faire ça. Et j’avais l’impression que les gens mettaient vachement de mauvaise volonté, parce que ça mettait six mois à arriver au résultat. Et puis une fois que les six mois étaient passés, ils faisaient ce que j’avais dit il y a six mois, et on oubliait complètement que je l’avais dit. J’avais l’impression d’être complètement dépossédée de quelque chose que j’avais dit. Mais eux ils avaient oublié, pas moi.  Je dis six mois, ça pouvait être trois semaines. J’avais eu l’impression que pendant tout ce temps c’était lent, lent, lent, et que les gens y mettaient de la mauvaise volonté. Mais pas du tout. C’est juste qu’on n’avait pas le même tempo.  Du coup il y a eu des moments où ça m’énervait vraiment. Et je pouvais me mettre en colère parce que je me disais « ils y mettent vraiment pas du cœur, pas de la bonne volonté, etc. ». Et puis du coup, le hpi et en étant comme ça, quand ça sautait ça n’allait pas du tout, ça n’allait vraiment pas du tout. Je me mettais vraiment très haut en colère. Donc là ça n’allait pas et je me suis dit il faut que je fasse quelque chose. Puis j’ai commencé à lire, à lire, à lire, et à chaque fois c’était « je check », check à chaque fois. La pensée en étoile mais c’est tout le temps. J’aime bien cette idée de pensée divergente que vous expliquez.  Parce que moi j’ai beaucoup de mal à me rassembler. Maintenant, je le fais même physiquement. C’est à dire que je fais vraiment des exercices (un peu comme du Qi Kong) de rassemblement.  Ça m’aide beaucoup parce que sinon c’est l’explosion. Je finis par ne plus faire ce que j’avais voulu faire au départ puisque j’ai fait complètement autre chose. Et du coup ça n’avance pas, et du coup ça m’énerve. donc Je trouve ça très beau cette pensée divergente et convergente parce qu’en fait ça représente la vie. Ça inspire, ça expire. Voilà, j’essaie de mettre de la conscience là-dedans en disant « attention ! Là ça part dans tous les sens, on se recentre ». Ça c’est vraiment des exercices permanents parce que ça part dans tous les sens en permanence.

Changement de vie professionnelle

– Ce qui est bien, c’est que du coup moi cela m’a permis de faire aussi un autre métier. J’étais dans une grande entreprise (géniale par ailleurs), sauf que moi je crois que je ne m’y suis jamais sentie à l’aise en fait, pour plein de raisons. Je trouvais que ça n’allait pas assez vite. Le travail en équipe j’avais du mal. Ça a toujours été le cas. Depuis toute petite quand on parlait de travaux de groupe mais c’était l’horreur. J’avais l’impression de perdre mon temps parce que en un quart d’heure ça aurait pu être bouclé. C’était vraiment un exercice difficile en permanence de travailler en équipe. Puis travailler toute seule dans une entreprise c’est compliqué. Alors j’ai essayé après de faire des métiers qui étaient un petit peu plus autonomes et moins en équipe. Quand j’avais une équipe que je chapeautais, tout ce qui arrivait à l’équipe ça ne touchait autant qu’eux. Ça pouvait être des problèmes personnels et des machins que ça envahissait tout c’était insupportable. Et puis tout ce qui est politique. Dans une grande entreprise, si on veut un petit peu progresser, avoir plus de responsabilités, il fallait être politique. Mais moi je ne sais pas, je ne sais pas. C’est vraiment je ne sais pas. Et je pense que ça va assez avec le profil. Je ne sais pas être politique. C’est une case que j’ai en moins. Ça m’a vraiment posé de gros soucis parce que je n’étais pas politique du tout. Je n’ai pas de notion de hiérarchie, absolument pas.  Des fois dans un grand groupe ça peut être compliqué. Donc j’y ai passé de très nombreuses années. Et puis à côté je faisais des choses qui me ressourçaient, donc des choses artistiques. Ça pouvait être du piano, beaucoup du dessin, beaucoup d’aquarelle… J’aime beaucoup l’aquarelle pour sa sensibilité justement, cette transparence. La sculpture… Et puis là je me disais « ouais, j’adore faire ça ». Puis comme j’avais commencé à lire les bouquins sur les HPI ça m’a orienté vers le développement personnel, la psychanalyse etc.  Je devais regarder sur internet, et puis je suis tombé sur le métier d’art thérapeute. Et là, ça a fait tilt ! Je me suis dit « c’est ce truc là qu’il me faut ». De l’art, du dessin, l’expression par la création, et en même temps du psy. Ça mouline là-dedans (parce que c’était nécessaire qu’il y ait les deux). Donc je me suis formée pendant trois ans au métier d’art thérapeute. C’était en fin des années 2000, début des années 2010. Et donc je me suis formée au métier d’art-thérapeute, au départ pas pour en faire un métier. C’est pour en faire un truc plutôt sympa et découvrir parce que j’aime bien découvrir plein de nouvelles choses. Donc là je découvre ça, et s’ouvre une boîte absolument fabuleuse qui est la psychanalyse. J’ai plongé dedans. J’étais dans mon milieu. Ça pouvait partir dans tous les sens, mais en même temps ça se rassemblait. Je me suis éclatée. J’ai eu mon diplôme, et puis je me suis dit « tiens un truc que je voudrais faire, c’est travailler en soins palliatifs ».  Donc j’ai commencé à me désengager petit à petit des grandes entreprises pour travailler dans un hôpital en soins palliatifs, là où j’avais fait mon stage d’art thérapeute, et là où la grande empathie du HPI était… j’étais juste à ma place en fait. Ce qui me permettait, des fois même sans parler, d’avoir une communion avec les personnes qui était gigantesque, qui était belle. C’était magnifique. Dans un milieu compliqué et difficile comme les soins palliatifs, paradoxalement (alors que je suis quelqu’un d’assez émotif et sensible) ça m’allait. J’étais bien parce que ça avait du sens en fait. C’était la personne toute dépouillée et toute dans sa vérité. C’était tellement beau, tellement tellement beau. Il n’y avait plus tous ces masques qu’on peut voir en entreprise : « je suis Monsieur Machin, j’ai le grade truc ». Je touchais à l’humain mais dans l’essence. Ça m’a passionné. J’y suis restée un certain temps, 4 ou 5 ans… Non, 6 ans. En parallèle j’ai développé mon cabinet en me formant à d’autres choses, d’autres approches notamment psychocorporelle. La psychanalyse c’est bien pour le HPI, ça le laisse dans sa tête. Mais ce n’était pas le but. Je voyais que ça tournait là-haut et que décidément je n’étais pas redescendue dans le corps. J’ai commencé à me former, et j’ai fait une rencontre assez sympathique (même plus que sympathique !) avec un monsieur qui s’appelle Thierry Janssen. Il est assez connu. C’est un ancien chirurgien belge qui est devenu thérapeute, et qui a monté son école. Et en lisant un livre qu’il m’avait dédicacé des années avant (parce que vous allez suivre des conférences au Forum 104), je retourne sur internet et je vois que ce monsieur ouvre une école. Je me dis « c’est juste génial ce qu’il propose ». Je vois que c’est la fin des inscriptions. Je me dis « bon bah tant pis, je ne serais peut-être pas prise mais j’en vois mon truc ». Et il me rappelle deux jours après. On fait un entretien par téléphone. Il me dit « ok, je vous prends ». Et donc j’ai commencé cette école qui a duré quatre ans : trois ans plus moi j’ai fait une petite année supplémentaire puisque je voulais voir un petit peu comment mettre ça en pratique en entreprise. Et là ça a été l’explosion et l’ouverture sur plein d’autres choses, notamment les thérapies psychocorporelles. Après je me suis ouvert sur plein d’autres techniques : la communication non-violente, le chamanisme aussi qui m’intéresse beaucoup, la Gestalt… plein d’autres techniques ! En tout cas moi mon moteur c’est d’apprendre, et quand j’apprends d’aller fouiller, d’aller au fond, bah là j’ai du grain à moudre parce que ce n’est jamais fini ! Il y a toujours de nouvelles techniques, il y a toujours des choses à apprendre. J’ai vraiment, comme quand je faisais de la chimie, un laboratoire. C’est à dire que j’apprends, je me forme, je teste sur moi les méthodes (jamais j’en propose aux patients que je n’ai pas testées. Si je ne suis pas convaincue par quelque chose je ne le proposerai pas. D’ailleurs, je serai pas à l’aise pour les guider), j’apprends la théorie, je la pratique sur moi, et ensuite je partage en pratique avec les patients. C’est juste génial. Et là je m’éclate. Là je suis dans mon élément, ce qui m’a fait quitter la grande entreprise puisque je ne m’y trouvais plus. J’ai essayé d’apporter des petites pierres à l’édifice, d’être au CSE, de faire des petits ateliers. On avait réussi quand même à faire des ateliers de communication non violente entre midi et deux avec une autre personne qui était formée aussi à la CNV. On a fait des petites choses, mais pour faire des ateliers d’une heure tous les mois ça nous a pris un an et demie à les mettre en place tellement c’était lourd la structure. Donc bon au bout d’un moment ça m’a fatigué et je suis partie. Maintenant je suis je suis psychothérapeute à temps plein. Je ne travaille plus à l’hôpital parce que je n’ai plus le temps. J’ai un projet de travailler en milieu carcéral aussi. Ça ça me plairait bien, mais ce n’est pas encore fait. Là j’ai trouvé le métier où je peux mettre mon empathie. C’est mon outil de travail en fait. C’est génial. Ce que je suis, si on pouvait me comparer une antenne, ce qu’émet mon antenne, c’est exactement… enfin elle est là où elle doit émettre et où elle doit recevoir aussi. C’est juste impeccable. Je me sens complètement alignée. L’empathie : ok ! Alors après il a fallu apprendre à ne pas être dans la sympathie parce que le psychothérapeute n’est pas dans la sympathie. Il est dans l’empathie et la compassion parce que ce n’est pas le copain. Il faut un cadre. En même temps, le cadre moi ça m’aide à me structurer. Parce que s’il n’y a pas de cadre, ça partirait dans tous les sens. Donc le cadre du cabinet thérapeutique doit être solide. Moi ça m’aide aussi dans ma structure interne. En fait le cadre me contient aussi, c’est absolument génial ! Et puis il y a plein de méthode. Ça n’arrête pas. On peut continuer à apprendre tout le temps. Et les patients m’apprennent parce que les retours qu’ils me font ça me fait beaucoup apprendre sur moi aussi.

Le surdoué et les relations

– Qu’est-ce que je peux vous dire d’autre ? Oui ! Un truc qui m’a beaucoup parlé sur votre blog c’est « Le HPI et l’amour« . Mais qu’est-ce que c’est que l’amour ? Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Comment ça marche ? Moi ça m’a beaucoup parlé. Plus maintenant parce que j’ai la chance d’être mariée depuis 32 ans à la même personne avec qui on s’entend super bien. Mais avant, quand j’étais adolescente… Mais c’est quoi ce truc ? Comment on fait ? Ça m’a tellement parlé, tellement tellement parlé. J’avais l’impression d’être une handicapée de la relation. Vraiment. Je ne savais pas quoi faire.

– Je ne comprends pas le principe, je ne sais pas. Je ne sais pas comment ça marche, je ne comprends pas.

– Je n’ai pas les clés ! Alors du coup j’étais considérée comme bizarre, peu ou pas de copains. Et puis j’ai vécu des décalages d’âge incroyables ! C’est à dire que j’allais chez des copains de mon âge. Je n’ai pas sauté de classe. On voulait me faire sauter une classe, mais ma mère a pas voulu. Elle a bien fait parce que je pense que physiquement je n’avais pas les ressources physiques. J’aurais été très fatiguée très vite.

Sauf que en maturité je n’avais pas du tout l’âge de mes copains. Quand est-on arrivé vers le Bac j’allais chez des amis (j’en avait pas beaucoup) et puis j’ai entendu une fois la mère dire a une copine « mais elle a quel âge ? Quel âge elle a ta copine elle est vachement vieille ! ». Mais non, j’avais le même âge qu’elle. Parce qu’on avait l’impression que j’avais 25 ans. J’en avais 17. Donc un décalage comme ça qui n’était pas évident à vivre.

– Ah c’est très dur !

– Et puis le fait de ne pas comprendre les relations (comment elles marchent) les gens me trouvaient hautaine, froide. Ce n’était pas ça du tout, c’est que je me mettais en retrait. J’avais une trouille terrible. Du coup c’était blindé et on avait l’impression que je n’étais pas sympa du tout.

– On me disait souvent aussi que j’étais un mur, un frigo, que j’étais froid, sans émotions. On me disait que j’étais un robot des fois.

– Moi c’était vraiment quelqu’un de dur, pas facile. Ce n’était pas moi du tout. Mais au moins derrière ça j’étais bien. J’avais ma petite coquille, on ne venait pas m’embêter. Ça me protégeait bien. Ce qui m’a parlé beaucoup sur votre blog aussi c’est la sensibilité au bruit. Je suis hypersensible au bruit, à tel point que si je dois faire un créneau en voiture je ne peux pas écouter la radio. Ce n’est pas possible. Il faut que j’arrête la radio, sinon je peux pas faire mon créneau. Je n’y arrive pas. On a l’impression d’un débile profond qui dit ça. Mais non, je ne peux pas. Ou alors il faut que je la mette tout doucement, tout doucement, tout doucement, parce que sinon c’est trop. Je ne peux pas. Je dois faire attention à tout : à la voiture devant, la voiture derrière, les passants, le bruit, plus la radio, ce n’est pas possible. Il y a trop d’infos d’un coup ! Alors moi vos petits dessins je les adore. Les petits dessins de petits bonhommes dans la rue qui se baladent, qui a vu le pigeon, qui a vu le gamin qui allait se faire renverser, qui a vu le chien.

– C’est ce que je préfère faire les petits dessins, j’adore !

– Mais moi ça m’a tellement parlé. C’est marrant parce que je pense que je n’en avais pas pris conscience autant qu’avant ce petit dessin. Et c’était hier et avant-hier j’ai eu l’occasion d’aller un peu dans la rue et je me suis vu fonctionner comme ça : d’avoir vu que, tiens, le lampadaire et dévissé (je suis très bricoleuse, j’adore le bricolage) tiens le lampadaire est dévissé, il pend comme ça, il va tomber sur la petite fille qui va passer, pour le revisser faudrait imaginer ça, mais s’ils n’ont pas les vis on pourrait… Ah et puis tiens la voiture ! Là je me suis dit waouh.

– C’est passé trop vite !

La multi-potentialité au quotidien

– Donc du coup quelque chose qui me plaît beaucoup aussi c’est le bricolage, et inventer des trucs. Le bricolage tout fait ça me saoule.

– Pas le Ikea !

– Voilà. Mais si on me donne des planches et « débrouille toi et fais nous quelque chose » ça me va très bien. Je suis toute seule, je dois imaginer des choses, je dois créer des choses, et ma tête fonctionne, mon corps aussi. Donc là c’est impeccable. Là je suis super bien. Et le sport aussi, qui est indispensable pour justement des fois décharger toute l’énergie qui n’a pas pu être déchargée parce que (je reprends l’exemple de l’entreprise) s’il y avait des émotions comme ça ce n’est quand même pas super bien vu, ce qui peut se comprendre, donc du coup il y avait des moments si je n’allais pas nager mais je pense que je serais morte. Franchement. Donc j’allais nager mes 2000 mètres entre midi et deux et puis je revenais ça allait mieux.

– Moi j’aime bien la nation parce qu’en plus c’est calme et je peux penser. C’est trop bien pour penser. Je me défoule, j’ai tout le corps qui s’occupe c’est un peu mécanique et je suis trop bien.

– Tout à fait ! C’est mon truc, ça m’occupe et la tête peut penser ce n’est pas dangereux. Et puis il y à l’eau, ça enveloppe le corps. C’est juste parfait. Après quelque chose qui me parle beaucoup aussi en termes de HPI c’est l’intuition, d’avoir une réponse, de sentir. C’est indescriptible. Je suis incapable de le décrire, mais on sait que c’est ça. Mais je ne sais pas dire par quel chemin c’est passé. Des fois déroutant. Et ce qui m’a vraiment fait en prendre conscience, encore une fois, c’est mon troisième garçon. Quand il a été en seconde et première (ou même peut-être avant, c’était peut-être en troisième) ou il fallait expliquer les raisonnements mathématiques. Il fallait faire des démonstrations. Et ça il n’y arrivait pas. Il avait le résultat, il disait « mais ça sert à rien, il y a le résultat il est juste ». « Par où t’es passé ? » Mais il ne savait pas. Pour lui c’était extrêmement laborieux. Ça m’a fait prendre conscience que pour moi c’était pareil. Démontrer quelque chose c’est extrêmement laborieux.  Des fois je ne sais pas faire même, parce que je ne sais pas par quel chemin je suis passée, donc je ne peux même pas l’expliquer. Ça peut être déroutant. Ah oui, les réunions en grandes entreprises ! En fait je perdais le fil régulièrement parce que toujours cette hyper concentration sur plein de trucs. « Ah tiens lui  il n’a pas boutonné le bouton de sa chemise. Ah tiens l’autre son crayon à force de faire ça, ça va péter en l’air. Ah l’autre… » Voilà. Et à force je me disais mais je ne suis pas là. Ce que la personne avait dit il y avait des bribes qui été restées. Alors si ça m’intéressait j’étais capable à la fin du dire « il a dit à peu près ça ». Si ça ne m’intéressait pas… Et donc ça c’est embêtant en entreprise parce que « oui on en a parlé en réunion »… J’y étais ? Oui… C’est très dur. Et moi ça m’a demandé des fois beaucoup de travail pour ramer et récupérer ça parce que la réunion était passée et puis c’était un peu tant pis pour moi. Mais bon maintenant avec le recul je trouve ça plutôt rigolo. Mais sur le coup quand on ne sait pas ce que c’est on se dit « mais je suis la dernière des crétines, je ne retiens rien, je n’ai aucune mémoire, j’ai des problèmes de mémoire, ça va pas. » En fait non. Ce n’est pas ça. Ce n’est pas ça du tout. C’est juste qu’on est différent. ce Ah oui, un truc quand même intéressant aussi, c’est que je suis une malade du « trop ». C’est à dire quand je trouve un truc bien, je vais aller au fond, mais au fond du fond. Je vais aller acheter tous les bouquins qui parlent du sujet (quitte d’ailleurs à ne pas avoir le temps de les lire et ne pas lire), mais je suis malade du « trop ». C’est insupportable. Acheter plein de bouquins sur un thème, et aller à fond, à fond, à fond, à fond. Alors à un moment donné c’était les huiles essentielles. An moment où je suis à fond je suis archi-bonne. Et après je passe à autre chose. J’oublie un peu.  Il reste la structure, il reste les grandes idées. Mais à un moment donné j’étais une spécialiste des huiles essentielles. Et puis là je vais devenir une spécialiste d’autre chose. Ça c’est épuisant aussi, c’est épuisant.

– C’est passionnel.

– C’est passionnel oui, exactement. Et la conséquence de ça c’est la fatigue que des fois je ne ressens pas. Je ne suis pas capable de dire « ça y est attention, tu es fatiguée, ralentis, fais autre chose ou calme toi, repose toi » parce que ça n’arrête jamais. Et en fait des fois la fatigue c’est en m’écroulant que je vois je suis fatiguée. Quand c’est trop tard. Ça m’est arrivé plusieurs fois. Maintenant j’ai quand même un peu plus de bouteille. Avec le métier que je fais ce serait un peu dommage de ne pas pu m’en rendre compte ! Mais autrefois quand je n’avais pas cette cette conscience de ce qu’il se passait j’allais au bout du bout. Et puis au bout du bout bah il n’y a plus personne. Plus d’essence. Mais j’avais été au bout ! Dans cette entreprise faire plein de stages de formation à côté et puis n’être jamais présente aucun week-end. J’étais tout le temps formation. Tout le temps, tout le temps. C’était génial, c’était passionnant, mais au bout d’un moment on en paye le prix. On s’épuise. Et puis ce n’est  pas ça que je veux vivre non plus. Qu’est-ce que je peux dire d’autre ? Je disais beaucoup aux gens (et ça énervait)… Je pense à un ami à qui je l’ai dit beaucoup et je ne me rendais pas compte que c’était violent pour lui. Je le disais tout le temps « mais enfin, quand on veut on peut ». Pour moi c’était pour un évident. Tu veux le faire ? C’est bon tu te formes et puis t’y vas. Si tu veux être alpinistes, bah formes-toi à l’alpinisme et puis vas-y. Tu veux être maçon ? Formes toi à la maçonnerie, vas-y enfin ! Où est le problème ? Et donc je pense que j’ai été extrêmement violente dans mes propos.

– Je le dis aussi ça, faut que je fasse attention !

– Je pense que ce n’est pas vrai pour tout le monde, parce que tout le monde n’a pas les mêmes ressources. Il ne suffit pas de la volonté. Je ne crois pas. Avec le recul maintenant je pense que ce n’est pas vrai, et que c’est lié à la douance. Effectivement pour un HPI, en gros, ben si tu veux mets-toi y et ça va aller !

– Tu apprends et ça va passer tout seul !

– Et ça va passer tout seul, voilà ! Il n’y a pas de chose impossible quelque part. Je suis en train de réfléchir s’il y avait quelque chose d’impossible… je ne crois pas.

– Moi je n’ai pas ce sentiment-là. Si je me mets à fond je sais que plus ou moins arriver à n’importe quoi.

– Donc quand je vois des personnes « nianiania, ça va pas, ceci cela » je leur disais « bah vas-y, quand on veut on peut ». Eh bien non.

– Ça ne marche pas comme ça pour tout le monde ».

– J’ai pu, je pense, des fois peut-être être perçue comme quelqu’un de violent dans mon propos, alors que ce n’était pas du tout mon intention. C’était ce que je ressentais. Je n’étais pas suffisamment en connexion avec l’autre pour voir que ce n’était parce qu’ils vivaient. Ça c’est ce que m’a appris la communication non-violente. Je sais pas si vous voyez ce que c’est…?

– Pas trop.

La Communication Non Violente (CNV)

– C’est fabuleux ! Ça a été mis en place par un monsieur qui s’appelle Marshall Rosenberg. En gros le fonctionnement c’est que quand on a des émotions positives ça veut dire qu’on a des besoins qui sont tout à fait remplis. Tout va bien quand on est joyeux. Mais quand on a des émotions négatives, c’est qu’on a des besoins profonds. Alors ce n’est pas « j’ai besoin d’un stylo bleu » par exemple. Ce n’est pas un besoin universel. C’est « j’ai besoin d’empathie, besoin de repos, besoin de nourriture… » Ça peut être aussi la pyramide de Maslow. En tout cas les besoins humains universels. Quand un besoin n’est pas rempli, l’émotion va être va être négative.  On va parler souvent en parlant sur l’autre. « Tu devrais, tu aurais dû, pourquoi t’as fait ça ? » et on ne parle pas de soi. L’idée de la CNV, c’est de revenir à soi-même et de dire « waouh, quand je vis ça, qu’est-ce qui est vivant chez moi ? Quelle est mon émotion ? De quoi j’aurais besoin qui n’est pas rempli ? Quelle demande je peux faire à l’autre ? » La personne qui n’est pas consciente de ce phénomène est représentée par un petit chacal, et la personne qui est consciente de ce phénomène est représentée par une girafe parce qu’on va passer par le cœur et par les émotions et la girafe (ayant un long cou) est physiologiquement l’animal qui a le plus gros cœur, pour que le cœur puisse pulser le sang jusqu’au cerveau. D’où cet animal qui a été choisi par Marshall Rosenberg pour représenter celui qui en conscience et présent à son cœur. Et donc l’idée c’est d’être vraiment chacun sur sa colline et de danser l’un avec l’autre, et de voir aussi quand soi-même on a des besoins qui ne sont pas rejoints. Une métaphore que j’utilise beaucoup avec mes patients qui me disent « oui mais mon mari il m’a fait ci, il m’a fait ça, ça m’a énervé, c’est de sa faute ». Je prends une métaphore : ça va dépendre de l’état de la personne. Prenons un petit enfant qui vient de recevoir un tambour pour son anniversaire. Il est super content. Il a son petit tambour, il tape il tape il tape. Si moi je suis dans la pièce à côté de cet enfant, que je suis dans une posture plutôt bien, détendue, je suis bien, je vais trouver ça super rigolo ce petit gamin qui se donne à fond la caisse sur son tambour. Ça va me plaire. Ça va être super, ça va être joyeux, mon besoin de partage avec lui va être rempli, tout va bien. Ok. On est dans une autre situation : je suis fatigué, j’ai mal à la tête, et ce gamin vient d’avoir son petit tambour. Il fait exactement la même chose. Sauf que pour moi ça va être insupportable et ça va être « arrête avec ton tambour, y en a marre ». Sauf que moi, mon besoin est un besoin peut-être de repos, peut-être de soins si je suis malade, j’ai mal à la tête, etc. Et ce besoin-là par exemple de repos ne va pas du tout est rempli. Le stimulus (le petit gamin avec son tambour) peut être tout à fait positif dans un cas, tout à fait négatif dans l’autre. Mais il a fait strictement la même chose le gamin. Donc c’est de voir à quel point dans la vie c’est tout le temps comme ça. C’est à dire que quand on ressent quelque chose, positif ou négatif, c’est dû souvent un stimulus externe et que ça dépend de l’état dans lequel on est, des besoins chez nous qui sont remplis ou pas, qui vont qui vont générer un état qui sera agréable ou qui le sera moins. Mais l’autre n’est que le stimulus. Le mari pas sympa ce n’est que le stimulus. Ça ne veut pas dire qu’on doit tout accepter. On peut aussi exprimer ses limites en disant à personne « je t’aime bien mais là quand tu fais ça c’est pas très joyeux pour moi. Est-ce que pour toi ce serait OK que ça s’arrête ? ». Donc l’idée c’est de dire ça avec empathie, mais de ne pas tout autoriser parce que ce n’est pas le but non plus. Dans tous les cas d’avoir conscience de ce qu’il se passe à l’intérieur de soi, que c’est soit avec soit. Ça c’est un outil qui m’a beaucoup aidé parce que, quand il y avait ces montagnes émotionnelles, l’idée c’est de revenir à soi. C’est un très chouette truc. « Communication non violente » on trouve plein de choses sur les sites. Il y a une grande dame qui en a fait beaucoup. Alors c’est une personne qui est en train de changer de genre. C’est une dame qui s’appelait Isabelle Padovani qui a été une grande prêtresse de la CNV, qui devient aujourd’hui Isâ Padovani parce que son genre qu’elle ressent depuis le départ c’est un genre masculin. Donc elle a plusieurs avec plein de conférences qu’ils sont absolument géniales sur la CNV.

Comprendre et utiliser son potentiel

– La CNV m’a beaucoup aidée. Les émotions : savoir les décoder parce que ce n’était pas toujours évident. Et puis le partage, en parler, parce que ça devient tellement plus joyeux et puis on comprend tellement plus de choses sur soi et pourquoi ça a été si difficile enfants en fait. Pourquoi ce décalage ? C’est juste un fonctionnement différent, c’est tout.

– Ça fait du bien de pouvoir mettre des mots dessus quand même.

– Oui ça donne du sens a quelque chose qui paraît insensé. Et donner du sens c’est déjà guérir en fait quelque part. On va guérir de la blessure que l’incompréhension vis-à-vis de ce fonctionnement a fait. Donner du sens c’est dire « ah ouais c’était ça, d’accord, ok. Et ça peut en faire un potentiel ? Je peux m’en servir ? ». Mais bien sûr que ça peut être vachement bien ! Et si je m’en sers et que je mets à mon service (et au service des autres aussi), c’est juste génial. C’est juste génial. En tant que thérapeute ça m’aide beaucoup parce qu’il y a des associations d’idées (notamment d’interprétation de rêves) qui se font hyper vites. Il y a de la pertinence il y a de l’empathie parce que le cœur est tellement hypertrophié chez le HPI que du coup souvent ça fait mouche. Je trouve ça juste géant. C’est comme si j’étais spectatrice de ce qui se fait, et je m’émerveille de ce qu’il s’y passe. Non pas de ce que je fais, mais de ce qu’il se passe avec la personne. Cette espèce d’alchimie. Et ce n’est pas moi, c’est la personne aussi qui se soigne. Moi je suis un phare sur le chemin. Je ne prétends pas être autre chose qu’un guide, un phare. C’est tout. Mais c’est juste hyper beau ce qu’il s’y passe. C’est trop beau. Et donc il y a des moments de joie absolument intenses, de partages à cœurs ouverts. Donc je suis dans mon élément et c’est chouettes. Pour la petite histoire, ce que je voulais faire au départ moi c’était médecine. Mon truc c’était médecin de campagne. Je me voyais médecin de campagne dans ma voiture, aller chez les gens allaient, au cœur des foyers. Et en fait je ne l’ai pas fait. Pourquoi ? Parce que la fac me faisait peur. Aller en fac de médecine, je sentais que pour moi il n’y avait pas le cadre, le contenant. J’ai des besoins en tant que HPI, et j’avais peur de me perdre.  Donc je n’ai pas fait la fac de médecine. J’ai fait prépa parce que c’était en province, petit, on se connaissait tous, et là il y avait le cadre. C’était tout cadré. Tout est guidé. Et finalement là je retombe dans ma vocation qui est le soin et c’est juste génial.

– Je suis super content pour vous !

– Voilà ce parcours et c’est hyper joyeux.

Se reconnecter à son corps

– On n’a pas parlé du corps, pas beaucoup. Et pourtant le corps c’est important. Moi mon corps m’a encombré pendant des années parce que je ne savais pas quoi faire de ce truc. Je sais pas si ça vous parle, mais moi je ne savais pas quoi faire.

– Pas trop, comment ça ?

– Je n’étais pas dans mon corps, j’étais beaucoup de ma tête. Je ne savais pas quoi en faire. Qu’est-ce que je vais faire de ça ? Je ne savais pas. J’étais très mal à l’aise dans le corps, et donc il a fallu se le réapproprier. Mais vraiment ça a pris du temps. Des années pour ne pas devenir qu’une grosse tête. C’est Isâ Padovani (je crois que ça vient d’elle… Si c’est elle je lui rends la maternité de cette métaphore) qui parle  du carnaval de Nice où on voit ces petits bonhommes tout fins avec une grosse tête. On les appelle des grosses têtes. Elle dit le HPI c’est ça : en fait le HP c’est une grosse tête. C’est à dire que quand il n’est pas conscient de sa façon de fonctionner (et quand quelqu’un est beaucoup trop dans son mental c’est la même chose) il va être une grosse tête, avec le centre de gravité qui va être très haut. Donc à la moindre pichenette il tombe. L’idée, quand je parlais du corps (c’est pour ça que j’aime cette métaphore), c’était de faire dégonfler cette tête, de redescendre le centre de gravité, et de revenir au corps même quand ça part.

Il y a des personnes incapables de sentir leur corps. Elles ne ne peuvent pas. Tout le travail est de devenir au corps. « Je pense que… » « Non ! Tu ne penses pas. Reviens à ton corps ». L’idée c’est de faire dégonfler cette grosse tête pour qu’il revienne dans son corps et que ce ne soit pas la moindre petite anicroche qui va rencontrer qui va le mettre par terre. C’est dommage qu’un tout petit truc vienne mettre la personne par terre. Donc cette métaphore des grosses têtes m’a beaucoup parlée.

– C’est pas mal !

– Et de revenir dans le corps, revenir dans le corps, revenir dans le corps. Par le sport, où ça peut être par des massages, ça peut être par plein de choses. Ça peut être par simplement la conscience de son corps.

– La méditation m’aide beaucoup.

– J’allais y venir !  Ça m’a beaucoup aidé, mais je me souviens du tout début où je me disais « mais c’est quoi méditer ? C’est quoi ce truc ? Qu’est-ce que je dois faire là ? Je dois penser à plein de trucs ? » En fait non. Fabrice Midal et son bouquin « Foutez-vous la paix » qui m’a bien aidé parce qu’effectivement c’est ça. C’est simplement être présent à ce qui se vit. C’est tout. Ma plus belle expérience de méditation a été en Inde. J’ai eu l’occasion parce que je connaissais une personne qui allait dans un ashram deux fois par an. Je l’ai accompagnée pendant 15 jours, aux fins fonds de l’Inde, dans le nord, près de l’Himalaya, dans un endroit complètement retiré. Il y avait quatre ou cinq heures par jour de méditation. La première étant à 4 heures du matin… Moi je ne suis pas du tout du matin.

– Je me serais endormi !

– C’était au mois de février, il faisait froid le matin, c’était l’horreur. Ça a été très dur. Trois jours après, je me disais « mais je reste pas là moi je peux pas ». En fait je suis restée parce que j’ai trop c’est trop bête, j’avais fait tous ces kilomètres, j’étais là dans un endroit fabuleux. C’était une traversée du miroir de méditer, d’apprendre à méditer, et puis c’était du rude parce qu’il n’y avait pas d’accompagnement. C’était un peu de musique, on s’assoit, puis hop c’est parti pour une heure. Ce n’était pas facile. Ce n’était pas facile, mais il n’y avait pas d’échappatoire. À ce moment j’étais aussi à l’école de Thierry Janssen. Je lisais beaucoup et il me disait « lâche tes bouquins, lâche tes bouquins. Si tu vas en Inde ne prends aucun livre ». Je n’ai pas pu, j’en ai pris deux ou trois. Et en fait là-bas je n’ai pas lu. Même quand il n’y avait pas de méditation, il y avait des endroits supers. Il y avait la rivière qui se jette dans le Gange (qui est aussi une rivière sacrée) qui s’appelle la Yamuna qui était devant. Il y avait simplement le bruit de l’eau, cette rivière, et c’est tout. Il n’y avait rien à faire. Alors ça c’était génial. Le retour l’a été beaucoup moins parce que là voilà j’apprenais à méditer, j’étais dans la présence, dans le cœur, et j’ai fait l’erreur de revenir un dimanche soir et de retourner à mon travail (en grande entreprise) le lundi matin. Et là c’était trop violent. Beaucoup trop violent. Beaucoup, beaucoup, beaucoup trop violent. J’ai mis facilement 3 mois à me remettre quand même. C’était dur, le de me réadapter. C’était au moment du ski. Mes collègues disaient « on a fait du ski, les remontées, les machins… ». J’ai fait du ski mais aussi. J’ai eu ces discours-là. Et là je me disais « on ne vit pas dans le même monde ». Ça a été c’est une violente claque, mais ça m’a appris aussi à ne pas aller méditer pour me retirer du monde. Ce n’est pas ça l’objectif. Ça m’a appris que méditer tu peux le faire dans des endroits sympas, isolés, c’est chouette, c’est transcendantale, tu as plein d’expériences etc., mais il ne s’agit pas de ça. Il s’agit d’aller méditer dans le monde : méditer dans le métro, méditer dans le train, méditer dans sa voiture, méditer partout, dans les courses quand on fait la queue. Et là ça devient vivant. C’est des flashs, ça dure 2, 3, 4, 5 minutes, et revenir à son corps. « Qu’est-ce que je sens ? C’est comment ? Quelles sont mes émotions ? Je suis énervé ? Ah tiens je constate… Ah tiens ma respiration… Tiens, c’est comme ça ». Et je suis là, et je suis là, je suis là. J’ai beaucoup de mal avec la discipline. J’essaie de discipliner et de méditer tous les matins mais j’ai du mal.

Apprendre à s’écouter : les Multiples Aspects Intérieurs & le dialogue intérieur

Il y a un petit troublions, une part intérieure qui dit « non je ne le ferai pas ! » et ça m’énerve. Ça c’est aussi un grand enseignement qui peut aider beaucoup de HPI : on n’est pas un bloc HPI. On est plein de petites parts. Il peut y avoir la part rebelle, la part intellectuelle, la part rêveuse, la parquet qui n’aime pas la hiérarchie, etc. L’idée c’est de faire comme un bon parent et de rassembler toutes ses parts et de voir que, de temps en temps, quand il y a des montagnes émotionnelles notamment vers le bas, c’est souvent qu’une de ces parts-là a un besoin qui n’est pas rejoint. Si c’est la part rêveuse par exemple, et que dans un milieu d’entreprise ça ne peut pas rêver du tout, et bien à la fin de la journée cette part rêveuse elle ne va vraiment pas être à l’aise et ça ne va pas aller du tout pour elle. Donc elle peut être en colère, triste, elle peut avoir du dégoût…  L’idée c’est vraiment d’aller contacter cette part-là de dire « waouh ! C’est rude pour toi. Ça a été rude la journée pour toi, parce que tu n’as pas eu des moments de rêve. Là il va falloir qu’on s’occupe de toi, que t’aies un petit moment de rêve (même 5-10 minutes) » et puis voilà. Aller s’occuper de cette part ça aide pour les montagnes émotionnelles. Il faut aller s’occuper de cette petite part, la prendre comme sur ses genoux, puis lui faire un petit câlin comme si c’était une toute petite. Parce que c’est des parts qui ont trois, quatre, cinq ans. Donc elles vont exploser comme un gamin de 5 ans. Et si on est capable d’en prendre soin, c’est à dire qu’on a cette conscience de ses parts, c’est juste fabuleux.  On voit plein de parties de soi, on voit sa diversité, et on peut prendre soin d’une part qui peut être en souffrance. Ça aide vraiment. C’est  Isâ Padovani aussi qui a mis ça en place (mais pas que). Elle appelle ça les MAI : Multiples Aspects Intérieurs. Hal et Sidra Stone qui étaient (je crois) des suédois ont mis en place ce qu’ils appelaient le Voice Dialogue (en français le Dialogue Intérieur) : on va aller dialoguer avec des différentes parts, avec des parts qui vont être surexprimées parce qu’elles vont être hyper adaptées à leur entourage, et d’autres parts qui ne vont être pas du tout exprimées, qui vont être complètement reniées, et qui de temps en temps en pètent les plombs parce qu’on ne les écoute jamais. Et donc l’idée c’est d’aller visiter aussi toutes ces parts-là. Et puis quand on travaille en Gestalt (« gestaltung » en Allemand c’est « mettre en forme »). Par exemple si on parle d’une petite part on va aller utiliser une petite chaise d’enfant (c’est ce que j’ai au cabinet, j’ai une petite chaise d’enfant) et on va faire imaginer à la personne que sa part enfant elle est assise là sur la petite chaise. Elle est là avec nous. Et l’idée c’est de mettre en forme, donc aller discuter avec cette part et c’est incroyable ce qu’il se passe. Ça peut être la part adulte qui va discuter avec sa part enfant, ça peut être une personne qui vient à côté du thérapeute (à côté de moi) et dire « qu’est-ce qu’on pourrait lui dire à cette part ? Comment on pourrait l’aider ? ». Et cette mise en forme elle est tellement plus parlante. Il y a plein d’autres choses qu’on peut utiliser. Ça c’est la Gestalt. Il y a des techniques qu’on appelle technique d’impact qui vont être mettre en forme physiquement, avec les objets, quelque chose qui est ressenti. Par exemple un couple qui vient et qui dit « oui au début c’était super bien, machin, truc, ouais bon d’accord on s’engueule, des fois je ne suis pas sympa mais bon, après c’est passé quoi, c’est fini ». L’idée c’est de leur expliquer (je prends la feuille qui est là devant moi) qu’au début leur relation c’était ça : c’était tout lisse, c’était beau. Mais qu’à chaque fois il y a une dispute ça fait ça. Après la dispute on va déplier mais sauf que la feuille elle n’est plus lisse. Même si on s’est excusé. Donc attention de pas trop plier la feuille pour ne pas en faire une petite boulette qui ne soit plus dépliable. En fait les personnes quand on fait juste ce geste-là d’un seul coup il y a une prise de conscience. Beaucoup de gens qui me disent « je n’ai pas de valeur, je ne vaux rien ». Je leur dit « vous avez un billet sur vous ? Voilà. Vous avec ce billet de cinq euros. Vous pouvez aller chez le boulanger acheter ce que vous voulez. Il vaut 5€. Ok. Donnez-moi le billet. Et puis maintenant ce que vous dites sur vous où vous vous dévalorisez en permanence, vous fait une boulette du billet. Vous me dites « je ne vaux rien ». Moi je déplie le billet, je retourne chez le boulanger, il vaut toujours la même chose même s’il est froissé. Votre valeur peut-être elle a été un peu abîmée par la vie, mais au fond vous avez toujours la même valeur. Vous êtes inestimable. En tant qu’être humain, qui peut vous dire vous valez 10/20, 5/20, 19/20 ? Personne. Vous est inestimable. Personne ne peut vous donner votre valeur. Et votre valeur, quelles que soient les choses que vous en avez faites, vous la dépliez et vous avez toujours la même valeur. » Voilà ça c’est des techniques d’impact qui peuvent aider aussi le HPI. Ça évite de mouliner. Je suis chimiste à la base : c’est précipité qui se fait dans le ballon, et ça fait cristalliser. On comprend ce qu’il se passe. Regardez ce que vous êtes en train de faire : c’est ça. En fait moi ce parcours de changements de métiers, c’était aussi un parcours initiatique pour moi oui en tant que HPI qui m’a permis de me comprendre, du coup comprendre les autres, et puis du coup d’apprendre. Et ce n’est jamais fini. Donc les multiples aspects intérieurs (on va reprendre du début parce là c’est parti dans tous les sens), Isâ Padovani avec la CNV, avec Marshall Rosenberg donc là on voit les multiples à ses intérieurs, la Gestalt : mettre en forme et voir les multiples aspects qui se passent, et puis il y a le Voice Dialogue, un dialogue intérieur, qui parle aussi de ces parts-là. C’est des tout petit tout mignon, qui ont les moyens de tout petits de 2 ans, 3 ans et puis qui veulent faire un truc de quelqu’un de 50 ans. Mais non, ils ont deux ans, ils ne peuvent pas. C’est mignon tout plein.  Je suis contente de là où je suis arrivée parce que ce qui était vécu comme un handicap parce que je ne voyais pas pourquoi s’en était un et à quoi c’était dû, avec l’éclairage ça devient une force. Et puis revenir à soi, et qu’est-ce que je veux pour moi ?

Les conseils d’une thérapeute

– Super. J’ai une petite question pour clôturer un coup tout ça : est-ce que vous auriez un conseil à donner pour une personne qui découvre son haut potentiel un peu sur le tard ? Ou une fois que sa vie active est bien commencée ? Ou qu’est-ce qu’il (elle) pourrait faire ou ne pas faire ?

– Déjà, se donner beaucoup d’empathie en se disant « j’ai fait ce que j’ai pu parce que j’étais dans le brouillard et je ne voyais pas du tout ce qu’il se passait ». Et peut-être revisiter les moments qui ont été difficiles à la lumière de ce HPI, de ce haut potentiel, et de dire « ah oui là ça ça m’a fait souffrir, mais pourquoi ? » Parce que en fait moi j’étais (par exemple) six mois en avance et j’avais l’impression qu’ils ne m’aidaient pas, qu’ils étaient méchants avec moi, qu’ils n’étaient pas sympa etc. Mais ce n’était pas ça du tout. C’est à dire que la locomotive n’allait pas au même rythme. Puis se documenter et se dire que ce n’est pas grave et, qu’au contraire, c’est une chance fabuleuse à partir du moment où on se l’autorise et que on ne se prend pas pour un imposteur. Je ne sais pas si ça vous parle, mais moi pendant des années je ne me suis dit « mais non je ne suis pas HPI. C’est imposteur de dire ça, faut arrêter ! Puis bon, je ne suis pas plus intelligent que la moyenne. Il y a des gens tellement plus intelligents ». Le problème n’est pas là. Donc lire, lire, lire, se documenter. Et puis revenir à son corps. Et puis aller sur votre blog ! Il est génial ce blog ! Non mais vraiment moi je le trouve trop bien fait. Ça peut vraiment aider. Et le réseau aussi, le réseau ! Essayer de trouver d’autres personnes HPI pour pouvoir échanger et se sentir moins seul(e).

– D’ailleurs, vous pourrez peut-être m’aider. On m’envoie souvent des messages en disant « je veux rencontrer des gens ». Souvent je les envoie vers des associations locales.

– Alors il y a une personne qui s’appelle Nathalie Alsteen, qui est belge, qui a fait la même école que moi (l’École de la Présence Thérapeutique qui s’appelle maintenant l’École de la Posture Juste avec Thierry Janssen) et qui fait tous les ans un congrès qu’elle appelle le Congrès de la Douance.

– Ah oui, je suis tombé dessus !

– Et je crois qu’elle a écrit un bouquin aussi. Je pense qu’il y a une petite communauté autour de ça. Sinon je ne connais pas non plus. Ça m’intéresserait aussi parce que ça permet d’être moins seul(e) mais je n’en connais pas, à part elle, parce que jusqu’à il n’y a pas si longtemps c’était un peu tabou. « Pour qui tu te prends pour dire que tu as un HPI ? ». Puis bon je ne me serais jamais autorisée de faire un truc comme l’interview qu’on fait là il y a 5-6 ans. Donc les conseils : déjà être à l’écoute avec beaucoup d’empathie pour soi-même, voir sous toutes ses multiples parts qui sont sensibles et puis sa part intellectuelle qui mouline qui est toujours là et de temps en temps il faut qu’elle se repose.

– Écoutez merci beaucoup Sabine.

– Bah merci encore, bravo pour ce blog et continuez vos petites d’interviews, vos diffusions et tout.

– J’adore ça, je vais continuer !

– On voit que c’est fait avec cœur. Ça se voit, ça se sent. C’est juste.

– Merci beaucoup !

– Merci à vous, et puis bonne continuation !

– Bonne journée à vous. Au revoir.