Quand et comment avez-vous pris conscience de votre douance ? Ou du moins que vous étiez différente ?

J’ai déjà été alertée sur cette possibilité mais je n’y ai pas cru et c’est au cours du suivi psychologique de mes enfants qu’elles ont été détectées, testées et moi également. C’est assez récent et je n’ai pas encore totalement accepté cela.

Comment votre douance a-t-elle impacté votre enfance et votre adolescence ?

Cela a été très négatif pour moi, gros décalage, tant avec ma famille qu’avec les personnes de mon âge. J’étais toujours avec des gens plus âgés à m’intéresser à d’autres sujets, à explorer, découvrir. Je n’étais pas du tout adaptée au système scolaire et je me suis sabotée intellectuellement…. Que de la souffrance, avec en plus des parents pervers narcissiques maltraitants. J’essaie actuellement de sortir de mon faux self pour devenir moi-même, accepter et investir ma véritable personnalité et mes capacités différentes. Par contre le savoir et le comprendre est salutaire. Je me suis coupée de mes émotions car c’est trop douloureux, je suis totalement dissociée (et ça c’est pas bon !!).

Aujourd’hui, comment se manifeste votre douance dans votre quotidien ?

Je suis toujours décalée, angoissée, dix mille scénarios me passent par la tête à la minute, je me fatigue de moi-même ! Je trouve toujours des solutions originales, je m’ennuie vite donc je change de boulot ou de passion régulièrement (en ce moment j’essaie d’être scénariste !! J’ai obtenu mon accréditation alors que je suis fonctionnaire et que je m’ennuie au plus haut point… Je suis un caméléon, je m’adapte, j’apprends puis je m’ennuie et je passe à autre chose). J’ai des moments très hauts et d’autres très bas. Je ne supporte plus d’être ainsi et d’être passée à côté de moi et de mon potentiel pour survivre. Je ne prends jamais la même route ou chemin, je ne cuisine jamais le même plat, je ne vais presque jamais dans les mêmes magasins, je ne m’habille jamais deux fois de la même manière, j’essaie d’égayer le quotidien et d’exprimer ma créativité au lieu de la retourner contre moi, je n’essaie plus de m’adapter aux autres, j’en ai assez de faire cela et c’est nouveau ! Je me montre telle que je suis (et ça peut piquer !).

Quels sont, selon vous et dans votre quotidien, les avantages à être une personne surdouée ?

Les avantages sont certains si l’on a pu réaliser notre potentiel, on s’adapte vite, on comprend vite, on agit vite. Par contre si ce n’est pas le cas et si on n’est pas au bon endroit, c’est plutôt douloureux. Ceci-dit, on a toujours plusieurs étapes d’avance sur les autres, cette efficience intellectuelle peut servir si on sait l’utiliser.

Quels sont, selon vous et dans votre quotidien, les inconvénients à être une personne surdouée ?

Les angoisses car trop de lucidité sur la vie, les choses, les gens, on fait vite le tour de tout, on comprend trop vite, on sait trop souvent à l’avance ce qu’il va se passer (même quand on regarde un film !). Pas d’échappatoire à notre cerveau super actif… Il faut du sens à tout ce qu’on fait sinon c’est la mort assurée !

Auriez-vous quelques conseils à donner à ceux qui viennent de découvrir leur douance ?

Lire beaucoup pour apprendre à se comprendre, pour réaliser ce que sont ces capacités, en tout cas cela m’a aidé de lire en détail tout ce qui s’est passé dans ma vie, j’ai découvert tout ce qui m’est arrivé et je n’étais plus « folle » ou « bipolaire » ou « névrosée » ou « extralucide« , j’étais simplement surdouée et lire m’a tout révélé, rassurée, mise en colère également, mais au moins je me suis trouvée. J’ai pu faire connaissance avec moi-même et ma personnalité. C’était même étrange. J’ai beaucoup ri aussi car on se retrouve souvent dans des situations ou interrogations imbéciles. On peut reprendre du coup le dessus sur son cerveau, se canaliser, se rassurer et se donner le droit de s’exprimer. Je pourrai aussi aider mes enfants et c’est important, elles ne passeront pas à côté de cela, mais c’est souvent un tiers qui détecte car comme on fonctionne de la même manière on ne s’en rend pas compte. Je détecte désormais les personnes qui sont comme moi et je peux m’en rapprocher pour échanger, je ne me trompe jamais, c’est devenu un jeu.

Une dernière expérience à raconter ?

Quand j’étais enfant, entre 4 et 5 ans, ma mère étant maltraitante, j’avais trouvé le moyen d’être abandonnée à mes grands-parents car j’avais compris qu’en faisant semblant de discuter avec un fantôme je lui faisais peur !! Du coup elle avait peur d’être seule avec moi et elle m’a éloignée ! Je faisais cela de manière tout à fait consciente.