Les principaux freins à l’épanouissement personnel du haut potentiel intellectuel

 

Chez les personnes surdouées, l’épanouissement personnel est un véritable sujet problématique. Dans mon cas, j’ai noté trois blocages principaux : (1) l’hypersensibilité, (2) le faux-self et (3) l’extralucidité. Je vais revenir sur chacun de ces freins dans la suite de cet article.

Vous remarquerez que je n’aborde pas ici les difficultés à trouver une voie professionnelle ou un chemin de vie chez l’adulte zèbre. Pourquoi ? Tout simplement parce que je pense que nous sommes toujours en constante évolution. C’est du moins comme ça que je le vis de mon côté. Lorsque j’entame un projet professionnel, je suis persuadé que c’est le bon, que je vais y passer mes journées entières, et m’épanouir dedans. Sauf que peu après, j’ai fait le tour du poste et je me lasse. Ce cycle sans fin pourrait être vu comme un frein à l’épanouissement, mais je suis persuadé que, pendant le temps durant lequel je suis à fond dans mon projet, je suis épanoui. Seulement, je me lasse vite et j’ai besoin d’une autre source d’épanouissement.

L’hypersensibilité

Le premier frein à l’épanouissement personnel qui me vient en tête est l’hypersensibilité de l’adulte surdoué. Cette sensibilité accrue « permet » au HPI de ressentir plus intensément ses émotions, les émotions des autres, et certaines sensations physiques (on parle d’hyperesthésie, ou d’hypersensibilité sensorielle). Sur le papier, cela semble être un avantage. Dans la réalité, croyez-moi, ça l’est beaucoup moins. Avoir les émotions et les sens en folie toute la journée est épuisant. Le zèbre est une véritable éponge émotionnelle.

J'éponge les sentiments des autres

Cependant, il est possible de maîtriser son hypersensibilité pour la transformer en force motrice de son épanouissement personnel. En fait, il faut voir l’hypersensibilité comme un super pouvoir qui permet de rendre les choses plus belles, plus intenses, plus profondes. Accepter son hypersensibilité, c’est en fait juste accepter le fait que l’on ressente certaines choses différemment. Ce n’est ni grave, ni dangereux. Nous avons une plus grande sensibilité au monde, il a plus de couleurs.

Le faux self

Le vrai self et le faux self sont des notions de psychologie démocratisées par Winnicott. C’est un sujet assez vaste (si cela vous intéresse, je le détaille dans mon article sur la recherche de son vrai self) mais dans grandes lignes il s’agit d’un masque social qui vient protéger notre personnalité vraie.

le faux self est une sorte de masque social qui sert à protéger notre vrai nous (notre vrai-self) du monde extérieur

Tout le monde l’utilise. Par exemple, lors d’un entretien d’embauche, je parie que vous n’allez pas être totalement honnête avec le recruteur sur votre véritable personnalité. Vous jouez un jeu. Et c’est totalement normal et sain ! Cet équilibre vrai / faux self est nécessaire dans une vie en communauté. Le problème, c’est quand cet équilibre n’est pas maîtrisé et que le faux self prend toute la place. Et c’est généralement ce qu’il se passe chez les personnes à haut potentiel.

En effet, en grandissant elles ont peu à peu compris qu’elles étaient différentes, en décalage. Ce décalage a bridé leur vrai self, et les a forcé peu à peu à porter ce masque social. En grandissant, on en vient à oublier à quoi ressemble notre vrai self. En n’arrivant plus à être lui-même, le surdoué ne peut pas s’épanouir dans sa vie personnelle. C’est pourquoi, si vous êtes dans ce cas-là, réaliser un travail avec un psychologue me semble être une idée à envisager.

L’extralucidité

L’adulte zèbre analyse son environnement du fait de son fonctionnement cognitif particulier. En parallèle, on vient de parler de son hypersensibilité et de sa faculté à ressentir le monde qui l’entoure. Cette analyse constante cumulée à son hyper-réceptivité émotionnelle lui permettent d’obtenir un niveau de lucidité très élevé. On appelle cela l’extralucidité, ou la clairvoyance.

Pour illustrer mes propos, je vais reprendre un exemple : ce qu’il se passe dans ma tête lorsque je marche dans la rue.

Extra lucidité dans la rue
  • Je marche pile en face d’une autre personne. Si je ne fais rien, nous allons nous rentrer dedans. Il faut donc que elle ou moins changions de trajectoire pour éviter l’impact. Mais si nous le faisons tous les deux, ça ne règle pas le problème.
  • J’entends quelqu’un dans la pharmacie. Il est donc possible que cette personne en sorte et vienne s’ajouter à mes calculs pour éviter l’individu devant moi. Et si la porte s’ouvre sur l’extérieur du bâtiment ? Elle va venir s’interposer devant moi. Attention !
  • Il y a un pigeon au loin, sur le lampadaire. Ce serait bien qu’il décolle de là, sinon j’ai peur qu’il me chie dessus. Je vais me décaler au cas où.
  • En face, une personne promène son chien. La laisse est détendue. Une voiture va bientôt les doubler. Si jamais le chien décide de se mettre sur la route, c’est foutu pour lui. Je fais quoi ? Rien ?

Vous le voyez, j’analyse constamment mon environnement. Et puis je m’inquiète, j’anticipe, et je vois les dangers.

Encore enfant, le surdoué perd sa naïveté de la jeunesse et réalise très tôt que ses parents ne sont ni infaillibles ni immortels, que les guerres et les maladies existent, etc. Il voit le monde comme il est, sans filtre.

Cette sur-analyse m’a beaucoup freiné dans mon épanouissement personnel. Chacune de mes actions a toujours été calculée, probabilisée, analysée. En comprenant d’où cela venait, j’ai réussi à prendre (un peu) de recule dessus et, petit à petit, à me laisser aller. D’ailleurs, Mathieu de Penser et Agir parle très bien de l’incompatibilité entre l’hyper-contrôle et le développement personnel.